Les maîtres du piano roumain : Dinu Lipatti, l’ange foudroyé

Pianiste de légende qui a marqué l’art du piano de la première moitié du siècle, Dinu Lipatti est mort à l’âge de 33 ans, après une fulgurante carrière, frappant les esprits par son génie artistique intense et sa vie si brève… Elève de Florica Musicescu, il resta fidèle à ses maîtres roumains tout en suivant l’enseignement, à Paris, de Paul Dukas, puis de Nadia Boulanger. « J’ai entendu jouer Frédéric Chopin », déclara un journaliste après un récital. Comme Clara Haskil, il reste vivant pour ses admirateurs.

Dinu Lipatti est né à Bucarest, le 19 mars 1917, en cette “année trouble” de la guerre, sous l’occupation allemande. Porteur de paix et d’espérance, l’enfant sera entouré d’une très grande affection et l’atmosphère artistique de longue tradition dans la famille lui permettra de développer de bonne heure ses dons musicaux. Ses parents, bons musiciens eux-mêmes, décident de le consacrer à la musique et, à l’âge de 8 ans, ils font appel à Mihail Jora, éminente personnalité musicale, pour commencer une éducation musicale sérieuse et méthodique. Dinu étudie le piano, le solfège et l’harmonie. Trois ans après, ayant acquis le niveau exigé au Conservatoire de Bucarest, il est admis dans la classe de piano du réputé et redouté professeur Florica Musicescu. Il continue les leçons avec Maître Jora, s’initiant cette fois-ci à la composition. Les progrès du jeune élève furent rapides. Il achève brillamment ses études en quatre ans et joue au concert des lauréats le Concerto en mi mineur de Chopin. Mais ce n’est que l’année suivante, en 1933, que Dinu Lipatti va inaugurer sa carrière de concertiste, avec la Philharmonie de Bucarest, en interprétant le Concerto en mi bémol majeur de Liszt. La même année, il participe au Concours international de piano de Vienne et obtient le second grand prix. A ce moment, Alfred Cortot, membre du jury, remarque avec enthousiasme le talent du jeune Roumain, en considérant qu’il aurait mérité « de loin » le premier prix, et lui propose de venir en France pour parfaire ses études. En même temps, Lipatti se manifeste aussi en tant que compositeur, obtenant trois récompenses successives au concours de composition Georges Enesco. En 1934, le premier prix pour la suite symphonique Satrarii (“Tziganes”) consacre le jeune artiste aussi dans ce domaine qui lui est très cher, mais qu’il va devoir laisser au second plan.

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