Richter, le dernier des seigneurs

Sviatoslav Richter, qui fête en 1995 ses 80 ans, est le dernier représentant d’une époque fabuleuse qui vit s’épanouir tant d’interprètes de génie. Il aime parcourir en voiture son pays ou d’autres, la France y compris, accompagné de son Yamaha, pour jouer dans une chapelle, un théâtre de province ou un conservatoire… Interview et portait.

Le musicien-pianiste

Comme en tout mythe, il entre en Richter une part de réalité irréductible (oui, il est réellement différent, par sa formation, son style et son répertoire !) et de fantasme (non, il n’est pas infaillible, et l’idole s’est construite dans le temps, en relation avec une situation historique de l’interprétation pianistique, de sorte que l’éclosion d’un nouveau Richter serait aujourd’hui impossible).
Sviatoslav Theophilovitch Richter est le fils spirituel d’Heinrich Gustavovitch Neuhaus (1888-1964). Ces grands Russes, l’a-t-on remarqué, sont originaires de la même communauté allemande qui s’expatria en Russie autour du début du siècle. Culturellement, Richter est bien un métis germano-russe. Par son père, par sa passion wagnérienne, Richter se rattache à la grande tradition musicale allemande ; par Neuhaus, à une tradition plus complexe, à la fois germanique et slave. Neuhaus était le neveu de Felix Blumenfeld, grand pédagogue et faiseur de pianistes, élève de Rimski-Korsakov, et le cousin du compositeur polonais Karol Szymanowsky. Formé au Conservatoire de Moscou, il n’en complétera pas moins son éducation à Berlin avec Karl Barth et à Vienne avec Leopold Godowski : c’est dire qu’il rassemble largement les cultures allemande et russe.

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