L’Ecole polonaise de piano, de la souffrance à la liberté

L’histoire de la Pologne révèle d’importants liens symboliques avec l’univers du piano et les pianistes. Ainsi la place qu’occupe Frédéric Chopin dans le panthéon national est-elle unique. Dans quel autre pays aurait-on vu un pianiste comme Paderewski devenir ministre ? Dans cette nation si souvent agressée, a pris racine une tradition pianistique dans laquelle l’instrument a été investi d’une véritable mission  consolatrice, voire salvatrice.

La mission consolatrice de l’école pianistique polonaise a été d’autant plus exacerbée que le 19e siècle a vu l’éclosion des nationalismes culturels et son cortège de créations de conservatoires – ou académies nationales – et de constructions d’opéras. « La période qui va de 1795 à 1918 est celle de l’émergence de plus en plus évidente de l’idée de “nationalité” polonaise dans le concert des autres nationalités européennes », rappelle l’historien Daniel Beauvois dans son Histoire de la Pologne (éd. Hatier, 1995). Privés de territoire propre, assujettis aux trois empires co-partageants (Russie, Prusse, Autriche), les Polonais, tout en subissant des politiques d’assimilation qui entraînèrent parfois des attitudes collaborationnistes, surent, grâce à des minorités actives, entretenir dans le monde l’idée de l’injustice qui leur était infligée. Durer, manifester par tous les moyens la pérennité de la “question polonaise” fut le but de patriotes marqués, à partir de 1820, par l’exaltation romantique. C’est dire combien, au 19e siècle, les gestes, le verbe, les symboles et les mythes devinrent consubstantiels à l’action.

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