Le regard de Georges Pludermacher

nnemi des interprétations figées, toujours à la recherche d’une esthétique originale, grand beethovénien mais aussi praticien des œuvres contemporaines, le pianiste français Georges Pludermacher s’est bien sûr  confronté à l’univers mozartien. Il l’a abordé non seulement en qualité d’interprète –  en enregistrant notamment une intégrale des Sonates pour piano chez Harmonia Mundi, les Concertos nos20 et 27 chez Lyrinx –, mais aussi comme pédagogue puisqu’il enseigne au Conservatoire de Paris. Il a suivi tout naturellement le fil “Mozart” pour porter un regard sur ce numéro.

Un entretien avec Georges Pludermacher est toujours marqué du sceau de la curiosité et de l’intelligence en action. Avec lui, tout est en permanence relié à la connaissance de la musique, mais aussi à une relecture personnelle et novatrice des œuvres. Très tôt, l’enfant prodige qu’il fut s’est initié au monde du piano car, dit-il, « grâce à mes parents, j’ai pu fréquenter les concerts et entendre beaucoup de pianistes et de grands instrumentistes qui appartiennent à l’histoire de l’interprétation ».

Les pianistes mozartiens de légende

On identifie Clara Haskil à l’esprit mozartien. Elle avait une fluidité du jeu, une sonorité coulée sans aucune agressivité, mais refusait l’aspect décoratif et brillant au nom d’une certaine austérité. Par ailleurs, j’ai beaucoup d’admiration pour une autre grande dame qui, selon moi, possède peut-être de manière plus authentique le style viennois : il s’agit de Lili Kraus, qui a une liberté et un chic supérieurs. De plus, elle a écrit de très belles cadences pour les Concertos. Une autre Hongroise, Annie Fischer, avait un style d’une très haute tenue. Moins connue pour des raisons sans doute politiques, et sans doute plus beethovénienne que mozartienne, la Russe Maria Yudina est cependant captivante, comme pour d’autres raisons, l’Anglaise Myra Hess.
Parmi les pianistes de la grande tradition, je citerai Mieczyslaw Horszowski, Clifford Curzon et Edwin Fischer qui, comme Dinu Lipatti, ont  un grand potentiel émotif. Artur Schnabel, par le choix de ses tempos (les mouvements lents des Sonates en particulier), s’écarte un peu de la tradition, mais il est le plus chantant de tous, et inimitable. Dans ce registre, mais quand même très différent, je citerai Artur Rubinstein, superbe mozartien, bien qu’il soit plus réputé dans un autre répertoire.

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