Entretien avec Maurizio Pollini

Le pianiste évoque, avec la même clarté que dans son jeu, les musiques, les interprètes et les chefs qui l’ont marqué.

Notre siècle est plutôt ingrat envers ses propres musiques : 10 % seulement de ce qu’on joue aujourd’hui a été écrit au 20e siècle. Quelles sont d’après vous les raisons de cet état défait ?
Si ce chiffre était vrai, ce serait déjà très bien ! Cette fracture s’est produite après l’abandon de la tonalité, autour de 1910. Le public est simplement r esclave d’une habitude, de certains accords, et il ne parvient pas à sortir de cette impasse. Beaucoup restent indifférents quand ils rencontrent un matériau musical “différent”, et continuent d’avoir une approche superficielle. Nous vivons en fait dans une équivoque : on pense que la musique du passé, contrairement à celle de notre époque, peut être comprise sans effort. En réalité, l’effort est toujours nécessaire, même pour comprendre ces musiques qui semblent déjà “digérées” et d’une certaine façon plus “faciles”. Le problème est donc celui de l’attitude du public envers toute la musique, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui…

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