Les “Lieder ohne Worte” de Mendelssohn : romances sans paroles ou lieder ?

li convient de signaler l’ineptie de la traduction française du titre devenu “Romances sans paroles”. Est-ce la réputation, d’ailleurs injustifiée, de compositeur facile faite à Mendelssohn qui lui valut cette regrettable interprétation, cette traduction qui vaut une intention et transpose ces chefs-d’œuvre de la miniature dans le domaine sirupeux, sentimental, voire un peu vulgaire de la musique de salon ? Il n’y a jamais spéculation sur l’affectivité dans ces pièces.

C’est à la frontière idéale du lied que Mendelssohn se place… quand la musique est débarrassée du poème. Mais si tout est affaire d’instrument, la musique exprime autant, sinon mieux que le texte hypothétique, dont elle est en train de se passer. Mendelssohn écrivit une cinquantaine de ces lieder (de 1830 à 1845) répartis en huit cahiers de six pièces, dont il ne fit éditer que les six premiers (les deux derniers sont des publications posthumes). C’est à son amie Clara Schumann qu’il dédia le cinquième cahier publié en 1844.
Ces pièces, quoique extrêmement condensées, tirent leur force de leur intensité dramatique – au sens étymologique du terme – et s’apparentent parfois nettement à la ballade. Jeu sur les tempos et sur les rythmes, écriture harmonique ou polyphonique et ornements servent une mélodie qui a l’air de naître dans l’instant. Son déroulement ressemble à un discours, mais elle parle aux sens et rend les mots inutiles. En général, elle émerge d’un tissu de doubles croches, d’arpèges ascendants et descendants ou encore de triolets, vit et meurt le temps d’un crescendo, disparaît trop vite dans la coda. Mais le charme a eu le temps d’opérer. Des subtilités de l’écriture, des procédés parfois systématiques naissent des styles et des caractères précis, attachés à des termes de mouvement que Mendelssohn donna en italien sans autre forme d’explication.

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