Le regard de Zhu Xiao-Mei

Pudique, sincère et touchante. C’est ainsi que nous apparaît la pianiste d’origine chinoise Zhu Xiao-Mei­ – comme dans ses interprétations, comme, aussi, dans son autobiographie La Rivière et son secret. Elle nous reçoit pour parcourir avec nous les différents sujets abordés dans ce numéro de Piano. Dans son salon donnant sur les quais de la Seine, un portrait de Bach observe notre entretien. Comme nous sommes loin de la Révolution culturelle ! Mais il est impossible de ne pas y revenir tant elle a eu d’influence sur la vie et sur le jeu de cette artiste hors normes.

Rencontrée il y a bien longtemps lors d’un bouleversant récital consacré aux Variations Goldberg de Bach dans une toute petite salle (y avait-il plus de vingt auditeurs ?), Zhu Xiao-Mei avait refusé d’apparaître dans notre revue Piano. Arrivée en France depuis peu, elle souhaitait être reconnue sur le plan musical sans avoir à raconter sa vie. Elle a tenu parole, et c’est aujourd’hui seulement qu’elle narre son histoire dans La Rivière et son secret (éd. Robert Laffont), celle d’une jeunesse brisée, où, endoctrinée par la révolution culturelle, elle voit, dans son conservatoire, brûler les partitions, molester ses professeurs ; elle-même dénonce son père, se livre tous les soirs à son autocritique et à la délation obligatoire. La désillusion arrive. Mais la musique demeure. Envoyée dans un camp de rééducation, elle parviendra à retrouver son cher piano, quitte à remplacer les cordes cassées par du fil de fer. On a lu des témoignages de toutes sortes sur le désastre de la Révolution culturelle. Le beau livre de Xiao-Mei va plus loin que cela, grâce à son amour de la musique et à une spiritualité qui lui permet de citer Bach et Lao-Tseu dans un même souffle. « Ce qui a été notre plus grande souffrance : le déni d’éducation, écrit-elle. L’absence de livres, de partitions, de dictionnaires même : un supplice pire que les souffrances physiques endurées, un vide qui abolit l’avenir, et rend la mort préférable à la vie. Que vaut une existence sans espoir de développement personnel, qui n’a devant elle que l’obscurité de l’ignorance – et de la soumission qui en est la fille ? […] Pour assurer la paix et l’avenir du monde, la priorité absolue a un nom, l’éducation. Bach et Lao-Tseu m’ont aidée à surmonter les épreuves passées et ils m’aideront encore à affronter celles qui m’attendent, car le plus difficile est encore à venir : trouver enfin la liberté intérieure. »

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