Ravel : quelques conseils pour travailler “Jeux d’eau”

“Jeux d’eau” (composés en novembre 1901) est indubitablement une pièce virtuose. Pour cette raison même, son étude est riche et intéressante, car elle permet d’élargir la réflexion sur la technique pianistique au travers de chacune des nombreuses difficultés qu’elle présente.

Travailler les Jeux d’eau de Ravel ! Voilà un projet bien attrayant. Quelle œuvre pour piano de ce grand maître qu’est Ravel est plus célèbre que celle-ci ? De plus, bien que de nature très virtuose, elle est de dimensions modestes si on la compare à l’ampleur des recueils tels que Gaspard de la nuit ou Le Tombeau de Couperin.
Certes, d’autres œuvres peuvent être considérées comme moins difficiles. La Sonatine, par exemple, que Ravel joua pour la première fois en même temps que Jeux d’eau devant ses amis les “Apaches” 1, est d’une technique que l’on pourrait dire plus simple. La Sonatine révèle par ailleurs tout autant que Jeux d’eau la particularité du langage harmonique de Ravel. Mais, du fait même de sa plus grande limpidité technique, le commentaire que nous aurions pu en livrer ici aurait risqué de verser dans une froide et sèche analyse des harmonies. Jeux d’eau semblait donc plus propice à une réflexion pratique et technique sur les grands principes du piano et l’art d’étudier. Emile Vuillermoz écrivit à propos des Jeux d’eau : « La musique de Chopin ou de Liszt constitue, pour un pianiste, un entraînement méthodique et bienfaisant ; celle de Ravel ne craint pas de contrarier volontairement et même parfois cruellement les réflexes de nos doigts. On ne peut pas dire qu’elle est gauche, car rien n’est gauche dans ce métier éblouissant, mais elle ne daigne pas tenir compte des lois de la nature… Certains traits de Ravel, et parmi les plus éblouissants, faussent pendant quelques heures le mécanisme de la main. Les virtuoses qui introduisent des œuvres de Ravel dans leurs récitals en ont fait souvent l’expérience » 2.
Jeux d’eau est donc indubitablement une pièce que l’on peut considérer comme virtuose. Mais, pour cette raison même, son étude est riche et intéressante, et peut élargir notre réflexion à travers les problèmes techniques qu’elle soulève. Si certains lecteurs la jugent un peu trop difficile, j’ose espérer qu’ils pourront néanmoins tirer profit des quelques réflexions plus générales qui accompagnent l’étude de chaque passage.
Quoi qu’il en soit, nous serons bien accompagnés : au fil de ces lignes, nous recueillerons les conseils de deux grands pianistes éminemment ravéliens : Marguerite Long, à laquelle Ravel dédia son Concerto en sol, et Vlado Perlemuter qui travailla avec Ravel lui-même la plupart de ses œuvres. Comme l’écrit Hélène Jourdan-Morhange : « Pendant six mois, plusieurs fois par semaine, Vlado Perlemuter prit le train pour Montfort-l’Amaury pour rejoindre Ravel. Le maître disait tout ce qu’il fallait faire, mais surtout ce qu’il ne fallait pas faire » 3.

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