Comment élaborer une interprétation pianistique

L’interprétation, qu’elle soit théâtrale ou musicale, devient un art dès lors qu’elle sait mettre en correspondance trois sensibilités individuelles : celle de l’auteur au moment où il compose, celle de l’artiste au moment où il transmet, celle de l’auditeur au moment où il reçoit. L’interprète a pour mission de réaliser cette union. C’est cette responsabilité émouvante et inspirante qui motive toute la recherche de l’interprète.
Nous essaierons d’aborder ici les points essentiels qu’il faut impérativement étudier pour qu’un interprète (depuis l’amateur éclairé jusqu’au concertiste) puisse s’appuyer sur une démarche artistique méthodique qui associe en permanence les questions esthétiques et pianistiques, afin de donner à son expression musicale la forme d’une œuvre d’art.

1/ La lecture

La lecture est pour le pianiste un peu expérimenté une étape immédiate, vivante et inspirante. On peut distinguer trois niveaux de lecture successifs :
• La première lecture, celle dite “à vue”, est l’esquisse de l’interprétation. On lit la partition au tempo, sans aucun souci de perfection, en se réjouissant de la vie qu’on donne spontanément à tous les éléments que l’on découvre.
• La lecture approfondie est une lecture lente pendant laquelle nous nous devons de tout voir, tout jouer, tout entendre. Les phrasés, nuances, accentuations prennent une réalité. Nous entrons dans le repérage, le “déchiffrage” des mélodies, des harmonies, des rythmes. Les connaissances auditives, tactiles et visuelles se mettent en relation.
• Enfin, la lecture “prospective”, qui fait des projets d’avenir, qui imagine des solutions de réalisation. Cette lecture est très “pianiste” ; on essaye différents gestes, doigtés, équilibres sonores, staccatos, pédales…
Toute cette évolution de la lecture peut ne durer que quelque jours, parfois même quelques heures. Le pianiste passionné ressent d’ailleurs à ce stade que ses progrès stagnent. Le travail des détails s’impose à lui, la lecture a fait son temps.
Un cahier devient indispensable pour noter dans le désordre tout ce qui est venu à l’esprit : idées musicales ou techniques.
Plus on est expérimenté, plus les idées foisonnent. On voudrait se mettre tout de suite à l’étude de tous ces détails passionnants. Mais, pour établir une marche à suivre efficace, il faut aller bien plus au fond de nos exigences musicales. Il faut devenir le propriétaire, le total dépositaire (non exclusif, certes) de l’objet partition. Il nous faut traquer ses moindres informations. Pour cela, il n’existe qu’un seul moyen, la mémorisation.

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