Que signifient les signes musicaux chez Beethoven ?

Quand on voit un la sur la portée, on joue un la sur son piano ; mais quand on voit < > , que doit-on faire ? Faut-il accompagner le crescendo d’un accelerando comme le laisserait supposer un certain penchant naturel ? Le pianiste Eric Heidsieck nous explique ici sa conception de l’interpré· tation de ces signes quelque peu kabbalistiques...

Cet essai n’a point pour but de révolutionner l’interprétation, mais de faire apparaître avec plus de clarté le rapport entre les signes des compositeurs et leur réalisation telle que nous l’ont enseignée oralement nos maîtres. Par bonheur, cette tradition orale a été juste, et je ne viens aucunement mettre en doute la valeur de l’enseignement musical qui m’a été dispensé.
Cependant, lors de mes études, il m’arrivait parfois de me sentir en porte à faux entre l’enseignement de mes maîtres, dont je percevais la justesse, et une lecture du texte qui m’apparaissait autre. Pour suivre leurs indications pertinentes, il me semblait qu’il fallait rectifier les “nuances” du compositeur sur la partition !... que je taxais alors sans scrupules de mauvaise édition...
Me trouvant maintenant du côté des enseignants, il m’arrive, en m’appuyant sur une indication del’auteur que je souligne à un élève, de rencontrer le même scepticisme, naissant d’une difficulté de compréhension du signe indiqué. Voici donc un essai de différenciation entre les signes de volume et de mobilité dans la musique de Beethoven. Si des témoignages écrits des contemporains de Mozart, ayant écouté ce compositeur jouer ses propres oeuvres, relatent la mobilité permanente de son jeu, rares sont les signes, sur ses partitions, autres que ceux de volume : p, f, dim., cresc.
A cette époque, la tradition était donc orale en ce qui concernait le flux et le reflux du phrasé. Beethoven, s’enfonçant tête baissée vers les orages romantiques, éprouvera le premier le besoin logique d’introduire des signes de mobilité qui, Dieu sait pourquoi, quand et par quoi, ont été confondus par la suite avec les signes de volume.
Il n’est pas question ici de remettre en cause les termes cresc. et dim., qui restent invariables dans leur signification. Bien au contraire, j’y vois un renforcement de leur distinction par rapport aux signes de mobilité signalant dès leur apparition, outre leur volume, une structuration plus rigoureuse de l’espace. Car enfin, si les compositeurs emploient calando pour diminuer en ralentissant, (dim. diminuant seulement de volume), il est normal qu’ils disposent aussi du terme decresc. pour diminuer en accélérant.

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