L’école roumaine de piano

Née il y a cent trente ans, l’école de piano roumaine s’est développée sur un fond musical millénaire : danses et chansons des bergers des Carpathes, chant monodique de la liturgie byzantine… Le piano est devenu complémentaire de cette tradition orale en l’ouvrant à la tradition occidentale. Histoire de cette jeune école qui a formé et forme encore de grands talents.

Le Conservatoire de musique Ciprian-Porumbescu de Bucarest, connu depuis 1990 sous le nom d’Académie musicale, a fêté, en 1994, son cent trentième anniversaire. Autant dire que l’école de piano roumaine est jeune. Elle a d’ailleurs l’âge de l’union des principautés moldo-valaques, réunies en 1859 sous Alexandru Cuza.
A partir de cette date, où se réveille la conscience nationale de tout un peuple en butte aux sujétions ottomane ou russe, les Roumains ressentirent la nécessité d’officialiser un mouvement musical qui existait et de l’institutionnaliser dans le cadre de la création d’un conservatoire. C’est le violoniste et compositeur roumain, d’origine allemande, Alexandru Flechtenmacher qui le créa en 1864, au moment même où Anton Rubinstein fondait le Conservatoire de Saint-Pétersbourg en Russie, en 1862. Flechtenmacher eut la joie d’entendre l’une de ses œuvres, l’Ouverture moldave, jouée par Franz Liszt lors de son passage à Iasi, le 11 janvier 1847, au cours d’un des dix-sept récitals qu’il donna en Roumanie.
Très vite, Eduard Wachmann, directeur du Conservatoire de Bucarest de 1869 à 1903, fonde en 1866 la Société philharmonique de Bucarest qui deviendra par la suite l’Orchestre philharmonique Georges-Enesco.
Une école de piano prend naissance à l’intérieur des frontières : en Moldavie à Iasi, en Transylvanie à Cluj et en Valachie à Bucarest, capitales où siègent les trois conservatoires nationaux. De génération en génération, elle s’affirmera à travers le monde, de Londres à Tel Aviv, d’Amsterdam à Berlin, de Paris à Hambourg. Outre d’illustres concertistes tels Dinu Lipatti, Silvia Serbescu, Valentin Gheorghiu, Dan Grigore, Radu Lupu, Andreï Vieru, elle a produit une pléiade de compositeurs non moins célèbres, comme Constantin Silvestri et Marius Constant, entre autres, et un nombre infini de pédagogues qui, tous, restent très attachés aux filiations spirituelles qui les lient à leurs maîtres.

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