Les maîtres du piano roumain : Clara Haskil, lumière et mystère

Née à Bucarest il y a tout juste cent ans, Clara Haskil a quitté la Roumanie dès l’âge de sept ans. Ses liens avec la Roumanie, ce sont surtout ceux qu’elle entretint avec Dinu Lipatti. Comme lui, elle refusa toute concession, tant humainement que musicalement. Elle ne fut reconnue qu’à la fin de sa carrière, mais son rayonnement reste intact, longtemps après sa mort, en 1960.

Qu’il me soit permis de me référer un instant à ma propre expérience, que je crois significative. J’ai eu la chance de naître dans une rare famille de musiciens, et de grandir à Paris entre des pianos, un orgue, plus tard des clavecins et autre violoncelle qui ne chômaient pas. C’est dire que, en dehors de nos propres activités, nous suivions de près la vie musicale de Paris. Pourtant, ce n’est que peu de temps avant qu’un cancer ne l’emporte au mois de mai 1960 que ma sœur, la claveciniste Sylvie Spycket, me dit après l’avoir tout juste découverte : « Il faut que tu entendes Clara Haskil ; c’est extraordinaire. »
Sans cette ultime exhortation d’une telle musicienne, serais-je allé salle Pleyel quelques mois plus tard, très précisément le 13 novembre 1960 ? Certes, le nom de Clara Haskil était apparu depuis quelques années déjà, et revenait auréolé de critiques de plus en plus élogieuses ; mais comment imaginer que cette carrière qui semblait juste commencer était à moins d’un mois de son terme ?

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