Le piano français et l’impressionnisme

L’impressionnisme est essentiellement une école de peinture. Au tournant du siècle, cependant, de nombreux compositeurs ont subi son empreinte. Instrument de la résonance, le piano était plus que tout autre prédestiné à une esthétique vouée à l’illusion, au rêve et à la suggestion. Debussy, Ravel et leurs contemporains ont ainsi enrichi le répertoire d’œuvres uniques par leur beauté poétique et évocatrice.

« Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème : […] le suggérer, voilà le rêve. »
Mallarmé

« Impression… j’en étais sûr. Je me disais aussi que, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… » (Le Charivari, 25 avril 1874). Ainsi, c’est un journaliste, Leroy, qui écrivit le premier – pour s’en moquer le mot “impressionnisme”. Il parlait de la célèbre toile de Monet : Impression, soleil levant.
En musique, la référence la plus ancienne remonte à 1882 : une conversation entre Renoir et Wagner à Palerme. Le peintre révèle dans une lettre qu’il parla avec Wagner des « impressionnistes de la musique » (Wagner, Chabrier ou Duparc ?). Le commentaire réservé en 1887 par les membres de l’Institut à la cantate Printemps, envoi de Rome du jeune Debussy, devait faire date : ils lui reprochaient « une tendance fâcheuse à l’impressionnisme vague des plus dangereuses ». La formule fit florès ; entre 1895 et 1910, de multiples articles ou études sur Debussy l’adoptèrent. Ennemi de toutes catégories, l’intéressé manifestait des réticences à l’encontre du terme. Il note cependant dans une lettre à Raoul Bardac (24-25 février 1906) que, par sa dimension temporelle, la musique est mieux armée que les autres arts pour rendre les impressions sensibles : « Ramassez des impressions. Ne vous dépêchez pas de les noter. Parce que la musique a cela de supérieur à la peinture, qu’elle peut centraliser les variations de couleur et de lumière d’un même aspect. »

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