Robert Schumann, Johannes Brahms et Clara, variations en trio

« Et il est venu… Il s’appelle Johannes Brahms. Il porte tous les signes qui annoncent l’élu… A peine assis au piano, il nous entraîne dans des régions merveilleuses. » Ainsi écrivait Robert Schumann, à l’arrivée, dans son couple, d’un génie jeune et beau. L’énigme de ce triangle musical et amoureux reste entière… amour et amitié, musique et silence. Michel Schneider nous dévoile ces troublantes variations à trois, comme « un roman un peu bourgeois », mais que la musique — et la folie — transcende.

Dans le devenir Schumann de Schumann, c’est-à-dire le passage d’un médiocre pianiste doublé d’un talentueux littérateur à un compositeur de génie, Clara ne fut pas qu’une compagne de route, mais la route elle-même et le pays à traverser. Au début, l’un et l’autre jouaient du piano, et tous deux composaient. C’était une œuvre pour deux. Mais peu à peu une division des rôles s’opéra qui laissa le piano de concert à la femme et l’écriture solitaire de la musique à l’homme. En sorte que l’œuvre de Clara fut oubliée, pas toujours à juste titre, et que sa contribution à celle de Robert fut totalement méconnue.
Dans cette écriture à quatre mains, le plus souvent, ce fut elle qui donna le thème et lui qui écrivit dessus une œuvre. Ainsi, lors de l’été 1833, Schumann compose son opus 5, les Impromptus sur un thème de Clara Wieck, en utilisant un motif inventé par Clara, alors âgée de treize ans et qui compose de petites pièces, dont cette Romance qui servira de motif à son propre opus 3 en plus des Impromptus. Autres exemples : Schumann utilisera les Soirées musicales de Clara pour écrire ses Davidsbündlertanze et ses Novelettes. Pourtant, parfois, ce fut l’inverse. Ainsi, Clara composa sur un thème de Robert ses Variations op. 20 en juin 1853.

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