Cyril Scott : fleurs de lotus et vapeurs d’encens

Pianiste-compositeur, orientaliste, théosophe, écrivain, Cyril Scott (1879-1970) fut en son temps le compositeur britannique le plus joué sur le continent. Surnommé le “Debussy anglais”, il a laissé une œuvre abondante dont les effluves capiteux, d’une lascive saveur orientale, apparaissent aptes à provoquer l’émoi sensuel des virtuoses et des salles de concert…

Le nom de Cyril Scott n’est pas inconnu aux lecteurs de l’autobiographie de Walter Gieseking : ce dernier avait une réelle prédilection pour la musique de Scott, et des œuvres telles que les Cinq Poèmes, la Seconde Suite ou le Prélude solennel figurèrent régulièrement au programme de ses concerts. Est-il étonnant que cet interprète incomparable de Debussy et de la musique impressionniste ait subi la séduction de celui que l’on surnommait alors le “Debussy anglais” ? L’auteur de Pelléas lui-même avait été mis à contribution par l’éditeur Schott pour rédiger une brève appréciation sur Scott, destinée à être reproduite sur les partitions de ce dernier : « Cyril Scott est l’un des artistes les plus distingués de sa génération. » Venant de l’impitoyable Monsieur Croche, l’appréciation mérite d’être prise en considération. Elle valut au nom de Scott d’être associé à celui de Debussy, et, au même titre que les audaces du jeune compositeur dans une Angleterre musicalement conservatrice, elle explique sans doute ce surnom de Debussy anglais dont on l’affubla. Sobriquet peu justifié : la musique de Scott est aussi différente de celle de Debussy que peut l’être celle de Ravel, et même si l’intéressé convenait de la saveur debussyste d’une pièce telle que l’Aubade pour orchestre op.77, Debussy lui-même admettait que seul un court passage de cette œuvre ressemblait « un peu » à sa propre musique. Comme le fait remarquer Stephen Lloyd (1) : « Même si Scott a dédié sa Deuxième Suite pour piano à Debussy, la ressemblance la plus marquante entre l’un et l’autre fut sans doute leur commun amour des chats ! » Ce qui les rapproche sur le plan musical est sans doute une prédilection partagée pour la couleur harmonique. Comme Debussy, Scott eut conscience des possibilités infinies offertes par l’accord, pris comme une fin en lui-même, sans considération de ses obligations de résolution.

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