Alfred Brendel, le paradoxe de l’interprète

L’interprète doit à la fois contrôler et s’oublier, servir le compositeur et affirmer sa personnalité, jouer le jeu du marché de la musique et rester intègre. Le mariage de l’eau et du feu…

Vous connaissez certainement Diderot…
Il est l’un de mes écrivains préférés ! Je viens même de lire l’excellente biographie que Firbank, un Anglais, lui a consacré.
Vous connaissez donc Le Paradoxe sur le comédien. En lisant vos Réflexions faites (1), on vous imagine écrivant un très brillant Paradoxe de l’interprète.
Je suis à la fois en accord et en désaccord avec Diderot, lorsqu’il dit que l’acteur, ou disons l’interprète, ne doit pas lui-même ressentir d’émotion pour émouvoir le public. Il devrait donc, pour transmettre l’émotion, se contrôler totalement. Busoni est du même avis. Mais Carl Philipp Emanuel Bach dit exactement le contraire : l’interprète ne peut émouvoir que s’il est personnellement ému. Alors renvoyons les dos à dos en disant qu’il y a du vrai des deux côtés.
En réalité, tout, dans la fonction d’interprète, n’est que paradoxe. Il lui faut toujours faire en même temps des choses rigoureusement incompatibles : à la fois contrôler et s’oublier, servir le compositeur et exprimer sa personnalité, jouer le jeu du marché de la musique et rester intègre.

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