M. de Bussy et la critique

Debussy reçut un excellent accueil comme pianiste de la part de la critique. Son œuvre, en revanche, suscita de nombreuses controverses. Ses adversaires n’auraient-ils pas dû suivre l’attitude de Debussy lui-même, qui fut aussi critique musical et disait : « J’essaie de voir à travers les œuvres, les mouvements multiples qui les ont fait naître et ce qu’elles contiennent de vie intérieure… »

Claude Debussy est entré très jeune au Conservatoire de Paris, en 1872, après avoir travaillé avec Mme Mauté de Fleurville, excellente musicienne, ancienne élève de Chopin et belle-mère de Verlaine. De celle qui guida ses jeunes doigts, il dira plus tard avec une teinte d’ironie : « Ma vieille maîtresse de piano, petite femme grosse, m’a précipité dans le Bach, et en jouait comme jamais maintenant, y mettant de la vie. »

D’abord, le pianiste

Le séjour de Debussy au Conservatoire n’eut rien d’exceptionnel et ses succès y furent des plus modestes, car, sans être véritablement insoumis, il se révéla rebelle et réfractaire à certaines formes de l’enseignement dispensé dans le vénérable établissement où il ne remporta qu’un seul premier prix, celui d’accompagnement au piano, dans l’une des classes les plus difficiles et en même temps les plus complètes. Presque unanimement, ses professeurs trouvaient qu’il ne se soumettait pas assez à la discipline scolaire : on critiqua ici une « nature mal équilibrée », là une « nature bizarre, mais intelligente », un troisième lui reprocha en 1883 d’écrire « mal la musique ». Gabriel Pierné, qui fut son condisciple dans la classe de piano, rapporte ce souvenir souvent cité : « A la classe de Marmontel, il nous étonnait par son jeu bizarre. Maladresse naturelle ou timidité, je ne sais, mais il fonçait littéralement sur le clavier et forçait tous les effets. Il semblait pris de rage contre l’instrument, soufflant bruyamment en exécutant des traits difficiles. Ces défauts allaient s’atténuer et il obtenait par moment des effets de douceur moelleuse étonnante. »

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