Alain Louvier : le piano comme “objet sonore”

Si le piano reste omniprésent dans l’écriture contemporaine, rares sont les compositeurs qui se sont consacrés longuement au piano seul. Alain Louvier, l’auteur des célèbres Etudes pour Agresseurs, est l’un d’eux. Interrogé par Bruno Serrou, le compositeur, pianiste et pédagogue raconte ici sa relation intime avec le clavier et parcourt en détail les quelque trois heures et demie de musique qu’il lui a destinées.

Le piano est-il pour vous un “compagnon de vie” ?
J’ai eu la chance de découvrir le piano presque entièrement par moi-même, puis d’étudier avec des professeurs particuliers plus musiciens que techniciens. Malgré une technique alors assez faible, je suis entré, en 1963, dans la classe d’accompagnement d’Henriette Puig-Roget au Conservatoire de Paris, puis, en 1966, en classe de clavecin… Maintenant, le piano reste toujours le compagnon de ma vie de pédagogue, parce qu’il offre l’immense avantage – précieux dans une classe d’analyse – de permettre la réduction d’une partition d’orchestre.
Par-delà la question technique, j’ai toujours entretenu un rapport d’ordre expérimental. J’avais à l’époque un vieux piano droit 1900, que j’ai exploré avec “vigueur”, et sur lequel j’ai écrit les Etudes pour Agresseurs : je l’ai un peu considéré comme un “objet sonore”.
Plus classiquement, je me suis toujours servi du piano pour entendre ce que j’écrivais. Je n’ai jamais cru à l’audition interne ex nihilo. C’est pour cela que, lorsque je me suis mis à composer avec les quarts de ton, je n’ai pas trouvé de meilleur moyen que d’avoir chez moi deux pianos droits et d’en désaccorder un.

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