Interpréter Schumann aujourd’hui

Il faut une disposition d’esprit particulière pour entrer en sympathie avec l’univers schumannien, car il défie la logique et le sens esthétique commun. Empreint non seulement des mystères de la nuit romantique et de l’angoisse des forêts profondes, il suggère aussi un monde d’allusions (d’illusion ?), de masques, de métaphores, de réminiscences littéraires difficiles à décrypter.

Mais si l’énigme schumanienne est dense, elle est aussi séduisante, et nombreux sont aujourd’hui les pianistes qui se sont risqués à l’aborder. Le goût pour l’inexplicable alchimie schumannienne se retrouve dans les témoignages poétiques et exaltés de Catherine Collard, dans les lectures abyssales et graves de Jean Martin (disciple précisément d’Yves Nat au Conservatoire de Paris), dans les versions imaginatives et libres de Bruno Rigutto, dans la hauteur de vue quintessenciée de Dominique Merlet, dans l’élégance naturelle de Jean-Philippe Collard, dans les fulgurances de Jean-Claude Pennetier, l’équilibre souverain d’Abdel Rahman El Bacha, voire la plasticité supérieure de Michel Dalberto, sans oublier la fraîcheur de l’interprétation d’une Jacqueline Bourgès-Manoury. Et l’attirance pour le sphynx des Papillons perdure encore parmi les jeunes solistes d’aujourd’hui dont certains possèdent à plus d’un titre la fibre schumannienne. Au rang de ces interprètes figurent Eric Le Sage, poète inspiré, vainqueur en 1989 du Concours international Robert-Schumann de Zwickau huit ans après Yves Henry, Laurent Cabasso, Claire Désert (superbe intégrale des Novellettes), Vanessa Wagner, Claire-Marie Le Guay, Delphine Bardin, qui perpétuent la tradition que porta haut Clara Haskil et que perpétue plus près de nous Radu Lupu. Leur compatriote Dana Ciocarlie, elle-même lauréate du Concours Robert-Schumann,  l’Autrichien Till Fellner, Jean-Marc Luisada à l’imagination toujours en éveil offrent aujourd’hui une belle alternative à qui veut entendre cette œuvre pianistique à la richesse inépuisable.
Pour tout artiste, aborder Robert Schumann, c’est prendre des risques et s’engager sur un chemin dont on ne sort jamais indemne. C’est ce dont témoignent  les pianistes Philippe Bianconi, Abdel Rahman El Bacha, Lydia Jardon, Irène Polya, Michèle Scharapan.

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