Robert Schumann : l’errance comme point de départ

Analyse musicale. C’est par la technique spécifique de la modulation initiale que Schumann produit le climat d’incertitude si caractéristique de sa musique pour le piano. Analyse biographique : c’est à sa folie que Schumann doit son art de l’incertitude inaugurale. La vie éclaire-t-elle l’œuvre ? Ou n’est-ce que dans sa propre structure  que l’œuvre trouve son sens ? Le débat reste ouvert, sauf peut-être pour Schumann… dont la folie coïncide si bien – selon une perception romantique encore agissante – avec le superbe isolement du beau.
Quelques hypothèses.

Le goût quasi exclusif de Schumann pour la petite forme – conséquence négative d’une impuissance névrotique ou acquis d’une inventivité originale ? –, pour l’éclat (au sens de parcelle irrationnellement détachée), pour la brisure musicale au détriment de l’architecture l’a rendu virtuose en débuts. S’il est vrai qu’il abordera les formes plus longues quand il aura renoncé à composer pour piano (à partir de 1841), son répertoire pianistique – c’est-à-dire, en somme, son répertoire le plus intime – comprend un nombre incalculable de “naissances”, une infinité de vies brèves…
Il y a chez Schumann comme l’inverse du vertige de la page blanche : il goûte ce vide, ce premier balbutiement qui préside à toute rupture du silence et donc à toute création. Longtemps Schumann reste peu sensible à cette conquête décisive de l’art musical savant occidental qu’est le développement, si puissamment instauré par Beethoven, à la suite de Haydn et de Mozart, comme signe et objet même de l’œuvre d’art musicale.

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