Une leçon particulière : entretien avec un professeur

Elisabeth Caisse est professeur particulier de piano depuis vingt et un ans dans l’agglomération rouennaise. Elle a accepté de répondre à cœur ouvert à nos questions et de nous fournir de précieuses statistiques sur son métier.

Pourquoi exercer en privé ?
C’est une liberté choisie. J’ai fait des remplacements dans des écoles de musique ou des CNR. Ce n’est pas fait pour moi et plus je vois les choses évoluer, plus je suis confortée dans ce que je fais, si ce n’est le côté très aléatoire sur le plan financier. La raison principale de mon choix est que je privilégie les rapports humains individuels, et je m’aperçois que les élèves en ont de plus en plus besoin. Ils ont besoin de parler, que l’on s’occupe d’eux personnellement. L’enseignement en général est souvent synonyme de groupe, de foule, de classes surchargées : beaucoup de professeurs s’en plaignent d’ailleurs. Ici, les élèves ont un petit créneau, où ils peuvent se retrouver seuls, parler d’eux. Même un enfant a besoin de parler de lui, de respirer, d’être là en tant qu’individu. La richesse des échanges est inégalable. Sur le plan musical, l’enjeu est différent des écoles de musique ou des conservatoires. Ces établissements ont une structure. Ils ont aussi une obligation de résultats, des examens, un certain stress et c’est normal, cela fait partie du parcours. Il est évident qu’un jeune qui se destine à la carrière musicale ne peut pas se contenter de leçons privées. Moi, je ne réponds pas à cette demande-là. Je m’intéresse à ceux qui ne veulent pas devenir professionnels et qui veulent découvrir la pratique musicale à leur rythme, en fonction de leur nature et de leur sensibilité. Les parents me demandent d’ailleurs souvent si leur enfant sera vraiment seul avec moi. Il y a véritablement un désir pour que l’on s’occupe des enfants à part entière. En contrepartie, j’impose une réelle qualité de travail. Il faut une vraie exigence, et j’annonce tout de suite la couleur : un petit qui arrive doit faire son quart d’heure de piano quotidien dès la première semaine. Je pose d’emblée les conditions.

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