Christian Zacharias, le plus français des pianistes allemands

En évoquant ses liens inattendus avec la France, le lauréat du Concours de Genève (1969) et du Concours Van Cliburn (1973), désormais internationalement reconnu pour ses interprétations de Mozart, Schubert et Scarlatti, rappelle qu’il fut également lauréat… du Concours Ravel de Radio France (1976).

Vous avez commencé le piano à l’âge de 7 ans et vous avez travaillé par la suite avec Irène Slavin. Pouvez-vous nous parler de cette époque, de cet apprentissage, de ce professeur ?
Irène Slavin était une Russe émigrée de Saint-Pétersbourg, issue de la vieille école de Leschetizky. Elle avait également travaillé avec Lev Oborin, qui était le professeur de Vladimir Ashkenazy. Si l’on considère l’apprentissage du piano en terme de filiation, de famille, je suis donc un peu le cousin d’Ashkenazy, le petit-fils de Le­schetizky, qui était élève de Liszt, lequel avait travaillé avec Czerny, lui-même élève de Beethoven. On revient donc en Allemagne, via la Russie… Pendant la guerre, elle s’est installée à Karlsruhe et je suis devenu son élève un peu par hasard. Mon professeur de musique à l’école avait vite remarqué que j’avais quelques aptitudes… et il m’a conseillé d’aller au Conservatoire. A cette époque, dans les années 60, la plus grande figure du piano était Yvonne Loriod. Elle venait six fois par an à Karlsruhe donner des classes de maître. Elle était auréolée du prestige de la France, de Paris et sans doute, aussi, du fait d’être l’épouse d’Olivier Messiaen. Du reste, durant ces années où je suis resté à Karlsruhe, Messiaen venait également donner des cours d’analyse et d’histoire de la musique ; j’y ai entendu notamment le Quatuor pour la fin du temps. J’ai joué pour elle, mais ma mère a vite compris que, pour un jeune garçon d’une dizaine d’années, le fait de ne voir son professeur qu’une fois tous les deux mois n’était pas suffisant. Elle acceptait qu’on lui dise que j’étais doué, mais elle voulait que j’aie un professeur sur place et qui soit toujours disponible.

Pour lire la suite de cet article (5195 mots):

Lire aussi :
Christian Zacharias, l’intelligence de la musique