Les sons tournent dans l’air du soir : le piano au 20e siècle

Le piano du 20e siècle est d’abord expérimentateur. Malgré la variété des œuvres produites dans cet esprit d’aventure, une constante semble toutefois se dégager : la recherche, sans cesse renouvelée, d’une écriture de la couleur.

Instrument du récital et des salons, le piano aura moins qu’aucun autre échappé au renouvellement d’un siècle tout en cris et en crises. D’une évolution qui a pu prendre parfois de franches allures de révolution, cet aigle de l’ère industrielle ressort en habit d’arlequin, moins royal, mais coloré comme jamais. C’est qu’au fin bout de ses cent ans, notre siècle aura aussi été – en musique – celui de la couleur. De la simple volupté des coloris raffinés à la plongée dans l’intimité acoustique du son musical.

Préliminaires

Objet naturel de toutes les convoitises orchestrales, l’exploration de la couleur sonore se manifeste aussi d’emblée au piano. Elle se fait d’abord sur l’héritage des grands pianistes-compositeurs du siècle passé, Liszt et Chopin en tête, dont l’écriture témoigne d’une perméabilité raffinée à la complexité des résonances harmoniques du piano. L’exploitation de cette caractéristique acoustique fondamentale de l’instrument, mise en valeur par nombre de compositeurs de la fin du 19e siècle (Chabrier, Dix Pièces pittoresques, 1881 ; Grieg, Pièces lyriques, 1867-1901), prend chez les musiciens du nouveau siècle un caractère plus déterminé, où l’écriture joue un rôle décisif. C’est qu’au-delà du jeu et du toucher, le sentiment de la couleur résulte aussi de l’agencement des divers éléments d’écriture (harmonie, densité, registre…).

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