Le séisme Gould : entretien avec Bruno Monsaingeon

Peut-on célébrer le piano de Bach sans rendre hommage à Glenn Gould ? Le pianiste canadien a marqué de son empreinte l’œuvre pour clavier du Cantor, au point qu’on parle parfois, presque sans jeu de mots, de “Variations Gouldberg” ! Grâce à Glenn Gould, Bach est entré dans le répertoire pianistique des concertistes. Grâce à lui, un public immense a goûté cette musique. Bruno Monsaingeon, familier du pianiste et auteur de célèbres documentaires sur Gould, mesure toute la portée de son influence.

La personnalité de Gould est controversée. Pour les uns, il s’agit d’un fou (de talent, mais d’un talent dangereux, presque délictueux…) ; pour les autres, c’est un météorite, un tracé exemplaire, exceptionnel et subjuguant… Si les avis sont partagés, le séisme est universellement reconnu sur l’échelle de Richter musicale. On aime ou on n’aime pas son génie. On ne le conteste plus. Cependant, quelle que soit la perception qu’on ait du bien- fondé de ses interprétations, ce qui marque Glenn Gould, c’est sans conteste une remarquable singularité.
Nous concevons pleinement la descendance d’un compositeur… Pour les pianistes, à moins d’avoir fondé une école, la question de la descendance s’avère beaucoup plus douteuse. Hors de l’influence directe sur des élèves – et Glenn Glould n’en avait pas, n’en voulait pas –, ou d’un “traité” d’interprétation explicite, il est bien difficile de percevoir et de jauger de l’importance historique d’un pianiste. Tout au plus y a-t-il des imitateurs…
Et pourtant, l’impact de certains d’entre eux, au nombre desquels il faut compter en premier Glenn Gould, ne peut pas ne pas avoir eu une certaine résonance. Avec Gould, ce n’est pas le problème de l’héritage qui est en question, mais celui de sa définition. Serait-ce sa manière de réaliser les ornements ? La limpidité de sa polyphonie ? Sa technique de main gauche (de gaucher) ? Son chantonnement perpétuel ? Son choix d’instruments défectueux ? Ses coquetteries diverses ? Son goût d’un répertoire anti-pianistique ? Ses tempi déroutants ? Sa chaise au ras du sol ? Quoi qu’il en soit, Bruno Monsaingeon est, de ce point de vue, catégorique : l’apport de Gould est décisif et incontournable.

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