Paris vers 1840 : récitals et concerts de piano

Le terme de “récital”, comme nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un concert donné par un seul instrumentiste ou consacré à un seul compositeur, est relativement récent. Le Petit Robert en fait remonter l’origine à 1872 et le fait dériver du mot anglais “recital”. Auparavant, cette notion moderne de “récital” n’existait pas : on parlait de concert, d’académie, d’exercice public, de soirée musicale, de “monologues pianistiques” ou de “soliloques musicaux”, pour reprendre deux expressions de Liszt, mais, au sein de toutes ces manifestations, le piano apparaissait toujours entouré d’autres solistes ou accompagné par un orchestre.

Récital : le prototype

L’usage veut que le premier “récital” de Liszt – soit le premier concert où l’on utilisa le mot anglais recital – ait eu lieu à Londres, le 9 juin 1840. Seul en scène, Liszt joua ce jour-là ses transcriptions du Scherzo et du Finale de la Symphonie pastorale de Beethoven, de la Serenata et de l’Ave Maria de Schubert, sa propre œuvre incluse dans le recueil collectif de l’Hexaméron, sa Tarentelle napolitaine et son Grand Galop chromatique. Il avait déjà donné à Paris, le 20 avril précédent, dans les salons Erard, un concert au programme équivalent : la presse parisienne n’avait alors pas parlé de “récital”, mais d’un « concert singulier et excentrique » ! Très nouvelle dans les années 1840, la notion de récital ne pouvait manquer de surprendre : « Nous sommes […] inondés de concerts », écrit Adolphe Adam, le 15 avril 1841, à son ami le publiciste berlinois Spiker. « Liszt en a donné deux à lui tout seul : il paraît qu’il y avait du monde. Je n’en ai entendu aucun, car je t’avoue que je ne me sens pas le courage d’affronter six morceaux de piano de suite. » Jusqu’alors, les concerts où le piano tenait une place de choix étaient d’une longueur et d’une variété dont nous n’avons sans doute plus conscience aujourd’hui.

Pour lire la suite de cet article (1566 mots):