Les études de György Ligeti, entretien

Né en Transylvanie en 1923 et passé à l’Ouest en 1956 après la répression de Budapest par les troupes soviétiques, Gyorgy Ligeti s’est fait connaÎtre au cours des années soixante par un ensemble d’oeuvres dont l’esthétique a marqué un tournant dans l’évolution de la musique contemporaine. Outre la nouvelle conception du timbre que leur texture “micropolyphonique” proposait, elles frappèrent en effet par la manière dont la notion de continuité prévalait de nouveau. Si l’impression de continuité caractérise également les Etudes, elles s’appuient en revanche sur des recherches d’écriture principalement rythmiques. Comportant actuellement deux livres et un troisième en cours d’élaboration, elles ne sont, selon le compositeur, « ni “d’avant-garde”, ni “traditionnelles”, ni tonales, ni atonales. Et certainement pas post-modernes » ! Elles se réclament, en tout cas, aussi bien de la tradition pianistique Scarlatti-Chopin-Schumann-Debussy que des rythmes complexes de la musique africaine.

Vous avez, semble-t-il, découvert le piano assez tard, à l’âge de 14 ans. Quel type de rapport entretenez-vous avec cet instrument ?
En fait, j’ai découvert le piano enfant, mais chez une parente. A la maison, on n’avait aucun instrument. A 14 ans, je demandai à mon père l’autorisation de prendre des leçons. Mais cette idée lui déplaisait. Il me destinait à une carrière scientifique, qu’il avait lui-même souhaité mener. Il pensait que j’allais me tourner vers la physique, la chimie ou la biologie. Il aimait la musique, jouait du violon, mais, pour lui, l’histoire de la musique s’arrêtait à Schubert, voire à Brahms (comme un épigone). Wagner, ce n’était plus de la musique. Il ne voulait donc pas que son fils soit un compositeur d’aujourd’hui, puisque l’on n’écrivait plus de musique depuis un siècle. Et il avait raison ! En fait, j’étais passionné de mathématiques, de physique, de sciences naturelles. Mon cercle familial et mon entourage étaient opposés à ce que je devienne musicien. C’est pourquoi, aujourd’hui, je ne joue pas en public, mais pour moi seul. Dès que j’ai pu jouer des petites pièces de Bach, j’ai commencé à composer. J’ai perdu la plupart de mes pages pour piano de jeunesse pendant la guerre. Ma première partition ressemblait à une valse de Grieg…

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