“Pollini le bâtisseur”, par Maryvonne de Saint-Fulgent

Certains font aujourd’hui à Maurizio Pollini un véritable procès en sorcellerie. Tout d’abord, je suis très étonnée des exigences techniques que l’on a à regard de Pollini par rapport à d’autres pianistes. Ainsi, je me souviens du dernier concert de Claudio Arrau donné il y a quelques années salle Pleyel : les critiques furent d’un enthousiasme délirant, alors qu’il ne restait du jeu de ce grand pianiste que quelques notes, comme les dernières fragrances d’un parfum depuis longtemps dissipé.

C’est que Pollini est en quelque sorte un pianiste mythique et qu’il suscite des réactions passionnelles. Lorsqu’il est apparu sur la scène internationale, quelques années après le Concours Chopin (il avait en effet arrêté quelque temps de jouer pour réfléchir), cela fut un choc : c’était un prodigieux virtuose qui pouvait tout jouer, apparemment sans limites de moyens ; mais aussi un grand styliste, ce qui est rare, car, en général, on est l’un ou l’autre. Enfin, il y avait là un personnage : musicien, philosophe, politiquement engagé, Pollini est d’une universalité très italienne, dans la tradition d’un Léonard de Vinci. Mais en même temps cette image était presque trop parfaite, donc glacée et glaçante.

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