Bach au piano

L’œuvre pour clavier de Bach a été écrite pour le clavecin ; pourtant, chacun la connaît ou l’a jouée au piano : la vérité historique entre en conflit avec notre culture… Devons-nous, sous l’influence du mouvement baroque, refondre entièrement notre perception de cette part de l’œuvre de Bach ? Alain Planès affirme que oui. Vincent Rouillon développe ici la réponse opposée : la musique de Bach est encore trop agissante sur nous pour être “condamnée” à la seule reconstitution historique…

Bach au clavecin ou au piano ? Le sujet est aussi éculé que périlleux. Quelle que soit la réponse apportée, elle ne pourra qu’être partielle, insuffisante, sectaire, gratuite, agaçante… et fâcher les uns sans satisfaire les autres. L’objet de cet article n’est donc pas de prendre parti pour l’un ou l’autre type d’interprétation. Simplement, remarquons que si personne – à part Glenn Gould – n’a l’idée de jouer William Byrd au synthétiseur, les pièces pour clavecin de Bach, et plus spécialement ses Variations Goldberg continuent d’être jouées au piano. Et ce, malgré l’influence grandissante du mouvement d’interprétation sur instruments anciens.
Si le “mouvement baroque” (terme un peu impropre, mais qui nous semble préférable au sempiternel et désobligeant “baroqueux”) s’intéresse surtout à des musiques peu connues, voire inconnues – par une sorte de corrélation entre découverte et authenticité sonore –, Bach n’a pas “échappé” à cette nouvelle école d’interprétation, et ce, dès l’origine : au contraire, il en a longtemps constitué la limite historique supérieure. Bach semble même avoir été le but premier de ce mouvement, mais pour une raison inverse : il était tellement connu, tellement joué, qu’il était particulièrement “maltraité”, modernisé, sans aucun égard pour les connaissances musicologiques, pourtant assez claires. Depuis que Mendelssohn l’avait redécouvert, on le jouait comme du Mendelssohn… Il fallait donc le jouer au clavecin.

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