L’art d’Alicia de Larrocha

Si Alicia de Larrocha possède effectivement l’image de marque de la grande-dame-du-piano-espagnol, si elle a abondamment défendu et illustré la musique de son pays, si elle a parfois enregistré à plusieurs reprises les grands chefs-d’œuvre ibériques – les Goyescas et les Danses espagnoles de Granados, Iberia d’Albeniz, Nuits dans les jardins d’Espagne de Falla… –, il ne faudrait cependant pas la limiter à cet aspect national. Elle est avant tout une pianiste de premier plan, à qui l’on doit éviter toute limite culturelle, et à plus forte raison folklorique.

Un exemple parmi quantité d’autres. Si l’on écoute attentivement son dernier enregistrement des Goyescas, réalisé en 1990, on comprendra tout de suite à quel point l’élément national est mis à distance (même dans El Fandango de candil) ; à quel point parallèlement la complexité harmonique du texte, ses rebonds rythmiques sont finement analysés. On entend une musique à n’en pas douter espagnole, mais c’est beaucoup plus que cela. De même, dans Coloquio en la reja, la main gauche imite bien la guitare (geste évidemment symbolique et national) mais il n’y a pas plus d’espagnolade dans ce trait que dans la Sérénade interrompue de Debussy, parce qu’il est mis à juste distance.

Pour lire la suite de cet article (471 mots):

Lire aussi :
Alicia de Larrocha, une grande dame dans les jardins d’Espagne