Interprètes de Brahms au disque

Si l’on excepte les concertos et les deux grands cycles de variations (Paganini et Haendel), la musique pour piano de Brahms n’est pas de celles qui réclament une virtuosité transcendante. A coup sûr, une brillante technique de doigts constitue ici un moindre atout que dans Chopin ou Liszt – il est rare que Brahms exige de l’interprète de monter des gammes ! En revanche, la polyphonie et le dialogue des voix intérieures doivent être mis en relief : la plupart de ces pièces sont avant tout des études de sonorité. Une grande clarté des différents plans sonores ainsi qu’une indépendance suffisante des doigts, permettant de répartir la sonorité et d’assurer la prépondérance de certaines voix, sont ici essentielles.

La conception massive et presque symphonique du piano brahmsien exige également d’aller “au fond du clavier” ; il faut à l’interprète une certaine carrure, dans des œuvres enclines à des démonstrations de “force tranquille”, qui doivent aller de soi et non pas donner l’impression d’accès épisodiques. Bien entendu, Brahms est un architecte, et le sens de la construction et de la progression de la musique est aussi indispensable ici que dans Bach ou Beethoven. Les qualités requises pour l’œuvre de ces derniers sont au fond assez voisines, et il n’est pas étonnant que les meilleurs interprètes de Brahms se recrutent parmi ceux de ses grands devanciers. Une certaine générosité et la profondeur du sentiment constituent l’indispensable complément. A coup sûr, Brahms est moins “universel” que Chopin, Liszt ou Beethoven, et une affinité avec le tempérament si particulier de sa musique est un préalable incontournable.

Pour lire la suite de cet article (1115 mots):

Lire aussi :
L’œuvre pour piano de Brahms