Schubert, le poète de l’errance

Récemment, le philosophe André Comte Sponville confiait au Figaro que Schubert avait changé sa vie, qu’il ne serait pas le même sans l’auteur du Voyage d’hiver. Venant d’un esprit aussi cultivé, le compliment fait mouche, mais peut surprendre. On connaissait la force fécondante d’un Bach, d’un Wagner, d’un Beethoven. Mais pour modifier le destin intellectuel et sensible d’un philosophe, on ne s’attendrait pas forcément à Schubert. L’année 1997 permettra de vérifier, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de sa naissance, l’actualité de la poésie schubertienne.

Compulsons les vieilles discographies, les vieilles cires : on y trouve, à la pelle, du Chopin et du Liszt, très peu de Schubert. Et encore, c’est le plus souvent du Schubert adultéré, des transcriptions de Liszt, quelques pages mineures et célèbres comme la “célèbre” Marche militaire, un Impromptu çà et là, ou un Moment musical. Des sonates, des grandes œuvres à quatre mains, rien du tout.
Rachmaninov ignora longtemps que Schubert eût écrit des sonates. Roger-Ducasse, dans sa préface à l’édition des Impromptus et des Moments musicaux (Durand), croit bon de préciser « qu’il serait injuste de juger Schubert d’après l’œuvre de piano. On y trouve à profusion les qualités de ce maître, mais aussi tous ses défauts : j’entends des idées géniales à côté d’idées vulgaires, des développements ingénieux et des répétitions insupportables, un travail consciencieux et heureux suivi de pages entières d’une regrettable facilité ».

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