Lucette Descaves, le nouvel art du piano

Lucette Descaves est entièrement une pianiste de son siècle. Amie et interprète des compositeurs de son temps, elle a annoté et corrigé ses partitions selon leurs remarques. Et elle s’inquiète. Après elle, qui aura le souci de retransmettre cette tradition, ce nouvel art du piano sur lequel elle a écrit livres et méthodes ?

«Je suis née dans un milieu artistique. Mon oncle était Lucien Descaves, membre de l’Académie Goncourt. Par lui j’ai connu de nombreuses personnalités du monde littéraire, Anatole France, Courteline, Roland Dorgelès ou encore, Céline. J’étais un peu jeune pour les comprendre, mais ce n’était pas une mauvaise formation ! Mon père, frère de Lucien, était inspecteur de police ; il avait une grande passion pour la peinture et fréquentait de nombreux artistes : je possède encore le portrait que Derain fit de ma mère et un autre qu’il fit de moi à l’âge de quatorze ans. Mon père fut le témoin de Picasso lors de son premier mariage, c’est dire s’ils étaient amis… Et aussi Vlaminck, Utrillo et Suzanne Valadon… J’ai eu cette chance de les connaître alors que tant de musiciens se trouvent enfermés dans le seul cercle musical. « Le milieu compte beaucoup » disait mon professeur Marguerite Long, et elle avait sans doute raison. Ma mère était la musicienne de la famille et c’est elle qui m’a mise à la musique. Elle avait fait le Conservatoire mais elle s’était mariée très jeune et avait dû s’arrêter de jouer. Aussi avait-elle reporté sur moi toutes ses ambitions : je devais réaliser pour elle ce qu’elle-même n’avait pu faire. J’ai donc commencé le piano très jeune et j ’étais très surveillée par ma mère qui me faisait travailler sans perdre une minute.

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