Pianistes à leurs disques et périls,
infidèlement vôtre

Du cylindre au CD, le piano s’est reflété en de multiples miroirs, plus ou moins fidèles, plus ou moins déformants, en autant de métamorphoses à la recherche d’une illusoire perfection. A chaque apparition d’une nouvelle solution, d’un nouveau support, cette épopée a engendré des polémiques à n’en plus finir.

Dès 1903, Raoul Pugno ouvre le bal : « Je viens d’entendre des reproductions de morceaux de piano joués par moi*, et je suis simplement abasourdi et émerveillé ! Il est donc vrai que maintenant on pourra prolonger à l’infini la sensation éprouvée à l’audition d’une voix admirable ou d’un archet magique ! Le gramophone continuera l’artiste et donnera l’impression de son individualité même quand celui-ci sera disparu ! C’est presque effrayant et surtout extraordinaire!» Plus lapidaire que Pugno, Rachmaninov surenchérit en 1931 : « Les disques de piano rendent pleinement justice au pianiste.»

Artur Schnabel, du rouleau au 78 tours

Mais d’autres artistes avouent leur réticence, avec plus ou moins de mauvaise foi et d’humour, tel Artur Schnabel, refusant au début du siècle d’être enregistré sur rouleau selon le procédé Welte-Mignon qui se proclamait capable de reproduire jusqu’à seize nuances différentes de jeu : « Désolé, rétorqua Schnabel, j’en possède dix-sept ! » Pourtant, il en enregistra une quinzaine, et même avec une certaine satisfaction : « Grâce à l’excellence artistique des rouleaux Welte-Mignon, je pense que l’on a atteint la limite extrême des possibilités d’une reproduction mécanique de la musique. Ils restituent avec une très grande fidélité, non seulement la technique du toucher, mais encore l’interprétation et les nuances personnelles de l’Artiste.»

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