Jeunes solistes, la porte étroite

Ils ont pour eux le talent, la jeunesse, le courage. Ils arrivent pour enrichir le paysage pianistique français. Du chemin semé d’embûches à la voie royale, tous les parcours sont abordés avec la même obstination, la même rage d’arriver à gagner le droit de s’exprimer sur scène. Les pianistes d’aujourd’hui n’ont pas froid aux yeux et, pourtant, ils ne sont guère aidés. La carrière, pour la plupart d’entre eux, est un parcours du combattant dont les obstacles — qui peuvent à l’occasion devenir tremplins — s’appellent concours, concurrence, impresarios, presse… La liste est longue et varie selon le cas de chacun. A eux tous, les sept pianistes que nous avons choisi d’interroger posent tous les problèmes. Certains, comme celui du premier disque, des impresarios, ou du rôle de la presse sont cruciaux et reviennent sur toutes les lèvres. Ce qui ressort de ces témoignages est une grande lucidité mêlée d’optimisme et de sagesse. Aucun n’est pressé de se brûler les ailes aux feux de la gloire mais tous espèrent bien conquérir un jour une place au soleil Tous nos vœux les accompagnent.

Philippe Cassard : la force du travail

Très remarqué lors du Concours Clara Haskil 85, Philippe Cassard (24 ans), porte un regard lucide sur sa jeune carrière. « Réussir un concours donne une carte de visite au pouvoir magique. Du jour au lendemain, on existe en tant que pianiste sur le marché à bestiaux. Les impresarios ne parlent-ils pas de leur cheptel, de leur écurie ? »

Philippe Bianconi : la retombée Barenboïm

Philippe Bianconi (27 ans) est un des très rares pianistes français à ne pas être passé par le Conservatoire National Supérieur. Après avoir obtenu son prix au Conservatoire de Nice, il décide de passer son
baccalauréat pour rassurer ses parents tout en continuant à étudier le piano en dehors de toute institution, avec pour professeurs Mmes Delbert-Février et Gaby Casadesus.

Jean-Marie Cottet : j’aime les concours !

Jean-Marie Cottet (28 ans) est devenu pianiste malgré lui. « Jusqu’à l’âge de quinze ans, je faisais de la musique de chambre, de la composition de l’analyse. L’étude du piano représentait pour moi un apport musical comme un autre. Je pensais pouvoir tout concilier tout en faisant une carrière de pianiste. Je me suis présenté au CNSM en écriture et en piano. »

Marc Laforet : l’ex-enfant prodige

Ex-enfant prodige, Marc Laforêt (21 ans) a réussi sans peine le difficile passage à l’âge adulte. S’il entame aujourd’hui une sorte de deuxième carrière, c’est grâce aux conseils avisés de ses professeurs et à la prudence de ses parents. Repéré dès l’âge de 7 ans par Claude Kahn, il joue pour la première fois en public la même année. « J’ai joué à Deauville au milieu d’un récital de Claude Kahn. »

Jean-Marc Liusada : la gloire d’un cinquième prix

C’est à onze ans que Jean-Marc Luisada (29 ans) a pris, en accord avec son professeur Denyse Rivière, la décision de choisir le piano pour compagnon de voyage. A treize ans, il traverse la Manche pour aller étudier à la Menuhin School. « Nous étions en contact permanent avec le public. Je n’y ai jamais connu le trac, c’était formidable ! A seize ans, je suis retourné en France pour entrer au Conservatoire de Paris chez Dominique Merlet. »

Jean-Efflam Bavouzet : un Young Concert Artist

C’est en rencontrant Pierre Sancan au Conservatoire National Supérieur que Jean-Efflam Bavouzet (25 ans) s’est vraiment senti pianiste. Depuis, il joue prudemment et une à une les cartes de la carrière mais n’hésite pas à prendre des options très personnelles. « Il y a des moyens beaucoup plus sains et moins éprouvants que les concours pour arriver à jouer : le bouche à oreille, les auditions, les dossiers et les lettres de recommandations à condition de ne pas les envoyer à n’importe qui. »

Laurent Cabasso : le bouche a oreille

En 1979, Laurent Cabasso obtient son premier prix de piano à l’unanimité et entre immédiatement en troisième cycle. « C’était déjà un premier pas dans la carrière. Le danger est alors de croire que les choses viennent relativement facilement. Mais il n’y a aucun relais entre le Conservatoire et la vie musicale active. C’est précisément au moment, où le jeune musicien a acquis une maturité suffisante pour commencer à jouer qu’il est lâché dans la nature.

Un dossier réalisé par Arièle Butaux

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