Franz Liszt et la transcription

La transcription musicale est l’adaptation d’une partition à un ou plusieurs autres instruments que ceux prévus par le compositeur. Elle peut aller de la simple réduction “piano-chant” d’un opéra à des recréations très élaborées, qui en font un art à part entière. Petite histoire de la transcription, dont le roi fut Franz Liszt.

La transcription doit être vieille comme la musique. L’idée de confier à un instrument une musique initialement prévue pour un autre, ou pour la voix, peut obéir à des causes diverses. A des questions toutes pratiques parfois. Ou encore au plaisir de la reconnaissance d’une image connue sous un nouveau masque instrumental. Sans remonter au Moyen Age, les chansons de la Renaissance ont connu des versions instrumentales, les morceaux célèbres des opéras ont immédiatement été arrangés. On dispose ainsi de scènes connues d’opéras de Lully arrangées au clavecin par Jean-Henry d’Anglebert. Sous l’ornementation clavecinistique, la forme originelle est parfois à peine reconnaissable. La musique baroque offre ainsi de nombreux travestissements, sans que l’on sache parfois très exactement où se trouve la version source. Haendel arrangeait en concertos certains passages de ses oratorios. Bach transcrivait pour clavecin des concertos pour cordes de Marcello, Tartini, Telemann ou Vivaldi, arrangeait pour quatre clavecins un concerto pour deux violons de Vivaldi. Quant à ses célébrissimes concertos pour violon et deux violons, il en existe aussi de tout aussi célèbres versions pour ­clavecin, qui ont d’ailleurs aussi fait le bonheur des pianistes. On n’a jamais très bien su quelle version avait été composée en premier. Avec le temps, cet usage disparut progressivement (mais on a un peu vite oublié que Beethoven transcrivit son Concerto pour violon en concerto pour piano, malheureusement trop peu joué).

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