François Dumont : « Chopin ne supporte pas le manque d’intensité »

Le jeune pianiste est le seul Français à figurer parmi les lauréats de la 16e édition du Concours Chopin de Varsovie qui s’est tenue à l’automne 2010…

Que vous a apporté l’expérience du Concours Chopin ?

Le fait d’avoir obtenu le 5e prix m’a permis d’avoir une certaine visibilité sur le plan national et international. Depuis, je suis retourné jouer quatre fois en Pologne, aussi bien dans les grandes villes que dans des contrées reculées. Aujourd’hui, presque tous les pianistes ont obtenu un prix de concours. L’avantage du Concours Chopin, c’est qu’il garde un prestige unique, une aura.

Comment vous êtes-vous préparé au concours ?

Je ne me suis pas préparé spécifiquement pour le concours : j’ai toujours joué du Chopin. Tout laisser de côté pour préparer une compétition me paraît absurde. Il y a des pianistes qui remportent un concours et ne font rien après, d’autres qui mènent une grande carrière sans en avoir remporté. L’intérêt d’une telle expérience, plus que la récompense, c’est que l’on apprend beaucoup de soi-même. On est dans une grande situation de stress et on s’impose une très forte exigence.

Quels sont les inconvénients des concours ?

Il peut y avoir un côté antimusical. Le résultat n’est jamais vraiment objectif. Je pense même que c’est une idée contraire à l’art que de comparer des personnalités incomparables. Le concours peut d’ailleurs se révéler dangereux : lorsque vous remportez un premier prix, on vous situe à un niveau de carrière qui ne vous correspond pas forcément. Ce coup d’accélérateur peut être risqué. D’autre part, certains lauréats peuvent penser qu’à partir du moment où ils ont obtenu un prix, ils n’ont plus rien à prouver.

Pourquoi alors avoir passé ce concours ?

C’est un concours mythique. Le jury est très prestigieux. C’est aussi une magnifique expérience que d’être immergé dans la musique de Chopin. Aussi, l’impact dans le milieu du piano est très important. Cette année, les lauréats ont été invités en tournée au Japon. Le public japonais nous connaissait tous ! Nous avons reçu de nombreux cadeaux, des lettres...

En tant que 5e prix, avez-vous ressenti une pression par la suite ?

Cette place dans le classement ne me met pas forcément sur un piédestal. J’en suis d’ailleurs assez content car je ne me sens pas surexposé. Le concours est une parenthèse dans la vie d’un artiste. Une fois la compétition terminée, je suis rentré chez moi, retourné à la vraie vie de musicien.

Aviez-vous écouté les autres pendant le concours ?

Je suis allé écouter Evgeni Bozhanov (4e prix). Mais en principe, j’évite de le faire afin de rester dans ma bulle, de rester concentré et le moins influençable possible. Tous les concurrents sont logés dans le même hôtel. En général, cela se passe plutôt bien, mais ce peut être la jungle. Je ne vais pas à un concours pour me faire des amis. Je garde toujours une certaine distance.

N’avez-vous pas peur d’être étiqueté “Chopin” ?

Si l’on me considère comme un chopinien, je suis flatté. Chez ce compositeur, il n’y a pas de remplissage, chaque note est vitale. Chopin ne supporte pas le manque d’intensité. Il faut un vibrato intérieur pour interpréter cette musique. Mais je ne me limite pas à ce répertoire. Je joue beaucoup d’autres compositeurs, particulièrement Mozart, Beethoven...

François Dumont en quelques dates

1986   Naissance à Lyon
1999   Entre au Conservatoire de Paris, dans la classe de Bruno Rigutto
2000   Premiers concerts avec orchestre à l’étranger
2004   Intègre le trio Elégiaque
2007   Lauréat du concours Reine-Elisabeth-de-Belgique
2010   5e prix au Concours Chopin de Varsovie
2011   Révélation de l’année aux Victoires de la musique classique