HJ Lim : Beethoven à bras le corps

Portrait de la pianiste coréenne qui vient d’enregistrer un disque consacré au Maître de Bonn.

Hyun-Jung Lim, dite HJ Lim, 25 ans, a relevé le pari de s’attaquer à l’Everest des pianistes : l’intégrale des Sonates de Beethoven, enregistrée pour EMI. « On peut être intimidé par ces œuvres. Ce qui importe, c’est ce que l’on ressent face à une partition. Je considère que je continuerai toute ma vie à apprendre. Je serai toujours une débutante. » HJ Lim, qui a pour modèle Artur Schnabel, imprime une vision personnelle au répertoire beethovénien. Son jeu surprend par sa vitalité, sa maturité. La jeune femme reconnaît avoir dans son parcours été « obligée de grandir plus vite » : à l’âge de 12 ans, elle décide de quitter sa Corée natale pour étudier la musique en France. Nul n’est musicien dans sa famille, mais, en Corée, apprendre le piano est monnaie courante : « Il y a des écoles de musique à chaque coin de rue. » En arrivant dans l’Hexagone, c’est un autre rythme qui l’attend. « J’ignorais qu’il existait un monde où les musiciens travaillaient quatre heures par jour. Pour moi, jouer du piano, c’était comme jouer à la poupée. Mes parents ne m’ont jamais poussée, au contraire. » Après un passage au conservatoire de Compiègne et un cursus à celui de Rouen, HJ Lim intègre le Conservatoire de Paris dans la classe d’Henri Barda. « Il m’a dit quelque chose qui m’est resté : "Ce qui est écrit sur la partition, c’est pour les imbéciles. Quand on est musicien, on sent les choses". » Le projet de l’intégrale Beethoven est né il y a cinq ans. HJ Lim se passionne pour le compositeur, puis pour l’homme, sa vie, ses failles. Elle dévore tous ses écrits « pour mieux le connaître ». Le Maître de Bonn l’intimide au départ. « J’ai identifié sa personnalité à celle de mon père. C’est peut-être pour cela qu’il me faisait peur. Plus je relativisais ma relation avec mon père, plus je relativisais ma relation avec Beethoven. » Mais on n’abolit pas si facilement la figure paternelle. La jeune pianiste qui vit en Suisse va bientôt se produire pour la première fois en Corée. « Je vais enfin jouer à Séoul. Mon père ne m’a jamais vue sur scène, tout comme une partie de ma famille. Je suis très fière à l’idée de jouer devant eux. »