Edda Erlendsdóttir : de Schubert à Schoenberg

Entretien avec la pianiste islandaise à l’occasion de la sortie de son disque.

Vous venez d’enregistrer un disque qui confronte Schubert, Liszt, Schoenberg et Berg. Comment est né ce projet ?

En sortant du Conservatoire de Paris, j’ai souhaité interpréter des compositeurs que je n’avais pas abordés dans mon cursus. Schubert n’était à l’époque pas très à la mode, pas plus que la musique moderne de Schoenberg. Après mes études, mon tout premier récital était dédié aux deux écoles de Vienne. Avec cet enregistrement, je renoue avec ces répertoires.

Quel est le lien entre les différentes œuvres ?
On retrouve une influence très nette des Klavier­stücke D 946 de Schubert sur les Klavierstücke opus 11 de Schoenberg, deux compositeurs qui appartiennent à la même tradition, même s’ils vécurent à des époques différentes. J’ai également choisi d’interpréter des pages de Liszt, composées à la fin de sa vie. Les pièces qu’il a écrites à cette période sont très novatrices sur le plan harmonique.
Qu’est-ce qui vous séduit dans la Sonate opus 1 de Berg ?
C’est la partition à la fois la plus classique et la plus audacieuse de la deuxième école de Vienne. Musique de désir, elle est extrêmement lyrique et dramatique. Berg était très formaliste, mais, malgré ce cadre, il parvient à se libérer de tous les carcans harmoniques.
Votre disque paraît chez Erma, le label que vous avez créé...
Avant de monter mon label, j’avais gravé deux disques. Une fois épuisés, ils n’ont pas été réédités. Cela m’était insupportable de voir tout cet investissement disparaître ! J’ai ce côté farouche et indépendant qui vient de mes origines paysannes islandaises. J’ai donc repris les choses en main en rachetant les droits de mes propres enregistrements. Depuis, j’autoproduis mes disques. J’ai commencé grâce au soutien de Flavien Pierson (ancien directeur d’Intégral Distribution, NDLR) qui m’a permis de trouver le distributeur parisien "Rue Stendhal".