Le clavier bien détourné

L’auditeur du 21e siècle, et a fortiori celui qui se passionne pour la musique de piano, ne saurait ignorer les horizons sonores ouverts à cet instrument par nombre de compositeurs depuis une centaine d’années. Pour aiguillonner la curiosité, rien de tel qu’un florilège d’œuvres faisant sortir la pratique du piano de son cadre conventionnel.

Piano préparé

En dehors de quelques expériences sans lendemain (Satie, Villa-Lobos, Ravel...), John Cage demeure bien sûr l’inventeur du piano préparé lorsque, dans Bacchanale (1938), il insère divers objets sur et entre les cordes, transformant l’instrument à clavier en élément de percussions. Mais si ses Sonates et interludes (1946-48) sont très célèbres, son corpus - riche pourtant de plus d’une soixantaine de pièces de ce type - reste curieusement moins connu. Daughters of the Lonesome Isle en solo ou ses Three Dances pour deux pianos préparés amplifiés, par exemple, deux partitions de 1945, raviront interprètes et auditeurs grâce à sonorités parfois irréelles, autant que par la vie et la puissance rythmique dégagées. Tout l’art de la préparation consiste à trouver les bonnes résonances, les sons heurtés à souhait ou des sonorités aussi éloignées que possible de celles propres au piano. La matière des objets utilisés est fondamentale : caoutchouc, boulons, pièces de monnaie, gomme, morceau de bambou, ressort, papiers... tout est bon pour trouver des sons in-ouïs.

Pour lire la suite de cet article (2278 mots):