Nikolaï Lugansky, la grande tradition russe

Un pianiste russe est souvent un mythe. L’histoire même du piano russe semble jalonnée de fortes personnalités, héros d’une saga musicale et nationale à la fois : Rubinstein (Anton), Rachmaninov, Blumenfeld, Neuhaus, Richter, Guilels, Nikolaieva, Bachkirov…
A y bien regarder, une telle série de grandes figures n’est guère concevable ailleurs. La centralisation de la formationà Moscou ou à Saint-Pétersbourg, dès l’époque tsariste, poursuivie pendant la période soviétique, y est sans doute pour quelque chose.
Aujourd’hui, un Boris Berezovsky ou un Nikolaï Lugansky poursuivent la tradition. Et ce n’est pas seulement parce qu’ils “jouent bien du piano”, mais parce qu’ils incarnent quelque chose de plus, qui va au-delà de la technique.

La formation musicale sous le règne des tsars, poursuivie pendant l’ère soviétique – centralisation, détection précoce des talents, école de virtuosité alliée à l’expressivité… –, a suscité un nombre impressionnant d’immenses talents. Nikolaï Lugansky poursuit cette grande tradition.

Un enfant surdoué

Nikolaï Lugansky fête cette année ses 40 ans. Il est né en 1972 dans une famille de scientifiques : un père physicien, une mère chimiste. Aucun musicien dans l’environnement familial. La légende d’un pianiste mythique naissant est toujours fertile en événements prémonitoires. Parmi ces éléments préliminaires, l’attitude des parents : M. Lugansky père aurait dit qu’aucun instrument n’entrerait chez lui de son vivant. Curieusement, il n’en fit rien et acheta, le malheureux, un minuscule piano d’une octave et demie. Sans doute jugeait-il ce jouet inoffensif, mais le petit Nikolaï commença à y jouer de petits airs populaires. Là se situe un épisode presque identique à celui que vécut le petit Camille Saint-Saëns. Le papa joue une note. Dans la pièce voisine, Nikolaï lui dit qu’elle est fausse. Il avait raison et c’est ainsi que l’on découvre son oreille absolue.

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